Création de valeur et actifs incorporels: un changement de paradigme

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Création de valeur et actifs incorporels: un changement de paradigme

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Création de valeur et actifs incorporels: un changement de paradigme

Airbnb, qui ne possède pas un seul mètre carré de bien immobilier, vaut 30 milliards de dollars selon les estimations, soit plus que les chaînes hôtelières Hyatt et Marriott réunies, et deux fois et demie plus que le groupe AccorHotels. Facebook valait 385 milliards de dollars en janvier 2017, soit trois fois plus que Total et sept fois plus qu’Airbus. Google est actuellement la première capitalisation boursière mondiale, avec une valeur de 560 milliards de dollars.

Uber, qui ne possède pas un seul véhicule, est la plus grande entreprise de VTC du monde et est valorisé à 62 milliards de dollars, soit deux fois et demie plus que Renault. LinkedIn, leader mondial des réseaux professionnels, a été racheté par Microsoft pour 26 milliards de dollars. Netflix, le service de vidéo à la demande par abonnement, pèse 60 milliards de dollars, soit plus que Kellogg’s, Campbell Soup Company et le chocolatier Lindt réunis. Snap, la société derrière l’application de partage photo éphémère Snapchat, est valorisé à 25 milliards de dollars, soit autant que Saint-Gobain, Essilor ou Vivendi, et bien plus que Michelin, Carrefour ou Publicis.

La liste est longue, mais le message est clair : les entreprises qui créent le plus de valeur de nos jours ne sont pas celles qui possèdent des actifs corporels ou financiers, mais celles qui gèrent leurs actifs incorporels de manière efficace, qu’il s’agisse de logiciels, de brevets, de propriété intellectuelle, de droits d’auteur, de données client, de marques ou de capital humain. Aujourd’hui, ces actifs incorporels représentent environ 85 % de la valeur des entreprises de l’indice S&P 500, contre moins de 20 % en 1975, selon le cabinet de conseil américain spécialisé dans la propriété intellectuelle Ocean Tomo. Les nouveaux leaders de la création de valeur ne misent plus sur les actifs corporels tels que les usines, les équipements ou les biens immobiliers, mais sur la capacité excédentaire d’autres acteurs économiques.

Une étude publiée en 2015 par l’association Chartered Global Management Accountant (CGMA) et financée par Oracle s’est intéressée à la mesure et à la gestion des nouveaux indicateurs clés à l’ère de la finance numérique. Selon cette étude portant sur un échantillon de 744 cadres supérieurs de l’industrie, de la finance et de la direction générale dans 34 pays, les cinq leviers de création de valeur les plus importants d’aujourd’hui sont les suivants :

  1. la satisfaction client ;
  2. la qualité des processus métiers ;
  3. la relation client ;
  4. le capital humain ;
  5. la réputation de marque.

Ces leviers sont radicalement différents des moteurs de création de valeur classiques. Bien que ces derniers restent pertinents, ils ont perdu de leur importance. Cette mutation touche tous les secteurs économiques, ébranle les modèles de gestion traditionnels et génère un excès de données contradictoires (souvent avec un manque d’informations et d’analyses).

Les directeurs financiers doivent adopter les innovations technologiques afin que la fonction financière reste sur la même longueur d’onde que le marketing, la vente et les autres services du front-office, qui investissent massivement dans les technologies numériques pour recueillir des données précieuses sur les actifs incorporels. La fonction financière doit élargir son champ de compétences et développer de nouveaux indicateurs de performance afin d’évaluer ces « secteurs pauvres en actifs et riches en idées », pour reprendre l’expression célèbre du cabinet de conseil McKinsey.

Le directeur financier bénéficie d’une longue tradition d’intégrité professionnelle et d’expertise reconnue en analyse minutieuse d’informations pertinentes, d’une collaboration bien établie avec les analystes de données et d’une vision globale de l’entreprise qui intègre toutes les parties prenantes. Par conséquent, la fonction financière doit assumer un rôle fondamental de collaboration interdisciplinaire, en fournissant les informations et les indicateurs relatifs aux actifs incorporels. La fonction financière 2.0 ne sera pas de tout repos.


Cet Article rédigé par Marc Bertonèche fait partie d’une publication composée de 11 autres contributions par les membres de notre Faculty autour des thématiques de transformation.

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